9h15... J'étais debout depuis une heure mais comme d'habitude je serais en retard au boulot: une chance que mes patrons soient ma mère et mon beau-père. Quand je dis "une chance", il faut le dire vite cela dit, car le nombre d'heures supplémentaires s'accumulaient à vitesse grand V sans grand espoir de rémunération. Inutile de préciser alors qu'un certain mépris, ainsi qu'un dégout de cette injustice qui ne me laissait que très peu de temps à moi, ne cessait d'augmenter de jours en jours depuis les quelques semaines où mon travail ici avait commencé.
J'avais laissé tous mes amis, mon frère, ma famille, pour venir travailler ici avec ma mère, et je commençais presque à le regretter.
9h20, il était temps que je commence à y aller. Je me regardai une dernière fois dans le miroir: mon polo "Intermarché" blanc tombait désespérément sur mes poignets d'amour. Je remontai mon jean pour les cacher, et je fermai la porte.
Dans la voiture, je savourai mes 4 dernières minutes de liberté en écoutant "Mein Herz brennt" de Rammstein, mon groupe préféré. Si je réfrénais mon envie d'accélérer au refrain et que je trainais un peu aux feux rouges et aux "stops", je sais que j'aurai droit au début de "Sonne" avant d'arriver, et cette idée me plaisait.
Dernier feu rouge: eins, zwei, drei, vier, funf, sechs, zieben, acht, neun,... au "aus" le feu passa au vert et j'accélérai en même temps que cette musique qui me stimulait tant.
Je sortis de la voiture sous un ciel magnifique, la tête encore imprégnée de cette mélodie que je fredonnai en bougeant la tête. C'est seulement en me retournant que je remarquai l'homme garé juste à côté de moi. Il était encore installé dans sa superbe BMW et m'avait surement entendu arriver, les vitres ouvertes et la musique au také... OOPS, mauvaise image pour l'entreprise!!!
Mais l'homme me souriait, l'air compréhensif. Quelque chose dans ses yeux disait qu'il avait eu la même arrivée que moi, à quelques choses près. Et... était-ce un effet de mon imagination, où cet homme ressemblait étrangement au chanteur de Rammstein justement? Je lui souris à mon tour et continuai mon chemin en me disant que décidément mes yeux persistaient à voir des sosies de tout le monde, n'importe où, n'importe quand.
Ce n'est qu'une demi-heure plus tard que ma mère, à demi affolée, vint me chercher à la caisse où je m'étais installée, pour me dire que j'allais enfin pouvoir faire mes preuves en allemand. J'avais en effet été en fac d'LEA anglais-allemand, mais ça n'avait été qu'une année d'échec cuisant, et ma connaissance en allemand ne dépassait guère les paroles de Rammstein.
Moi: (blême, la suivant) qu'est ce qu'il ce passe? je ne sais pas parler allemand moi!!
Maman: Ben tu va devoir te débrouiller, Nina, parce qu'il y a un allemand ici qui demande quelque chose, mais qui ne parle pas du tout français! Tu es la seule ici à pouvoir te débrouiller avec lui
Le ton hautain de ma mère arrivé en guise de bonjour ne fit qu'accentuer la colère que je portais en moi depuis quelques jours, et , accumulée à cette fatigue irrécupérable que je nourrissais depuis que je travaillais ici, ma tête commença à bourdonner et mes yeux à me faire mal.
Ce n'est que lorsque je me retrouvai en face du fameux allemand, que je reconnu l'homme de la BMW.
Je lui souris, il me rendit mon sourire, il m'avait reconnu.
La ressemblance avec Till Lindemann était encore plus frappante lorsqu'il était debout. Grand, carré, la quarantaine, il avait quelque chose d'indescriptible qui s'émanait de lui, qui faisait que même s'il y avait du monde autour, c'était de lui que mes yeux ne pouvaient se détacher.
J'étais tout simplement fascinée.
Pour ne pas paraître totalement niaise, j'entamai la "conversation"
Moi: Guten Tag!!
Lui: Guten Tag!!
Moi: Ich spreche kein deutsch wirklich gut... Do you speak english?
Lui: (souriant) Yes, yes I do... (en anglais) J'aimerai savoir si vous auriez du...
Sa voix était lente et profonde, j'en étais comme envoutée. J'avais également l'impression de l'avoir déjà entendue quelque part...
Je ne compris pas exactement ce qu'il désirait mais après quelques explications je devinai qu'il s'agissait d'une sorte de pastilles, ou de bonbons, pour la gorge.
Lui: (en anglais toujours) On en trouve dans les supermarchés en Allemagne, c'est très efficace. Mais en France, je ne sais pas si vous en avez... c'est parce qu'en fait je suis chanteur dans un groupe et j'en prends assez souvent, c'est très bon pour la voix.